Je pense, donc je suis

Vous avez certainement déjà rencontré cette célèbre phrase : « Je pense, donc je suis ». Savez-vous ce que cela signifie ? De nombreuses personnes pensent que cette phrase est un encouragement à la pensée critique, à la liberté d’expression ou quelque chose de ce genre, mais en fait, cette phrase n’a pas grand-chose à voir avec cela.

Cette phrase se situe dans un contexte plus philosophique que vous ne l’imaginez. Mais d’abord, découvrons qui en est l’auteur.

« Je pense, donc je suis », qui a dit ?

L’auteur de cette phrase est René Descartes (1596-1650), physicien, mathématicien et considéré comme le premier philosophe moderne.

Ses grandes contributions à la science, aux mathématiques, à la philosophie, ont fait de lui un personnage important de la révolution scientifique du 17ème siècle.

L’une de ses créations est la géométrie analytique, également appelée géométrie cartésienne.

René Descartes, par Frans Hals, 1649, via Wikimedia Commons.

Que signifie « Je pense, donc je suis » ?

Par cette phrase, Descartes veut établir une vérité indubitable ; une vérité si évidente que personne ne peut la nier sans la contredire.

Son objectif, en établissant cette vérité absolue, était de construire un système philosophique rigoureux.

Descartes était insatisfait de toute la philosophie que la période médiévale avait construite. La philosophie médiévale était ancrée dans la philosophie aristotélicienne et la pensée chrétienne (Saint Augustin, Thomas d’Aquin, etc.), et à l’époque de Descartes, elles étaient déjà en perte de vitesse grâce aux nouvelles découvertes scientifiques.

Pour lui, la philosophie était encore contaminée par des thèses prétendument vraies ; des thèses qui ne pouvaient être soutenues par une dose de doute. C’est d’ailleurs ce qu’a fait Descartes, il a placé toutes les vérités philosophiques supposées dans le domaine du doute pour tenter de trouver une vérité absolue, impossible à réfuter.

Quelle « vérité » se maintiendrait dans le doute le plus radical ?

Les sens nous trompent

On peut dire que le monde est réel. Vous ne pouvez pas douter que ma maison, par exemple, n’existe pas dans la réalité. Eh bien, Descartes a de bons arguments pour prouver le contraire.

Selon le penseur français, nous ne devrions pas trop faire confiance à nos sens. Qui n’a jamais été trompé par ses sens ? Parfois, nous croyons voir quelque chose et quand nous nous approchons, ce n’est pas ce que nous avions imaginé.

De là, Descartes conclut que si les sens nous ont déjà trompés une fois, ils peuvent toujours nous tromper. On ne peut pas leur faire confiance. Ainsi, il démonte toute sorte de vérité qui dérive des sens.

Le Dieu trompeur

On pourrait aussi dire que les calculs mathématiques sont vrais en tout état de cause : 1+1 égale 2 maintenant et toujours. C’est le cas ? Descartes en doute.

Pour lui, les mathématiques ne peuvent pas être la vérité la plus absolue qu’il recherche, car il pourrait y avoir une sorte de Dieu trompeur qui nous fait croire que ces choses sont vraies et évidentes, alors qu’en fait elles ne le sont pas.

Rêve et réalité

Pour conclure, Descartes soutient également que nous ne sommes pas sûrs que notre réalité ne soit pas un simple rêve. Se pourrait-il qu’en ce moment, vous ne fassiez que rêver ? Comment prouveriez-vous le contraire ?

Cogito ergo sum : le fondement de la philosophie cartésienne

Après avoir détruit toutes les certitudes humaines, Descartes affirme qu’il existe une vérité qui est en fait indiscutable : je pense, donc je suis (« cogito ergo sum », en latin).

Du fait même de douter, je sais que je pense et que j’existe. S’il n’y avait ni pensée ni existence, il n’y aurait aucune possibilité de douter. Ce serait la vérité la plus évidente que l’homme puisse concevoir.

Le fondement de toute la philosophie cartésienne repose sur cette vérité. Ce qu’il fait alors, c’est essayer de s’en écarter et d’en trouver de nouvelles.

Il ne s’agit donc pas simplement d’une « jolie phrase ». Elle a un but strictement philosophique. 

Descartes, comme tout bon philosophe, cherche la « vérité la plus vraie » que la pensée peut concevoir. Aucun autre philosophe avant lui n’avait construit un système philosophique fondé sur cette vérité, de sorte que Descartes a révolutionné la philosophie de son époque.

Est-il possible d’être en désaccord avec « Je pense, donc je suis » ?

Aucune personne saine d’esprit ne niera cette vérité, mais il est possible de nier que « je pense, donc je suis » soit le point de départ philosophique ou la seule vérité évidente.

Certains philosophes n’étaient pas d’accord avec Descartes, car selon eux, l’existence du monde extérieur va de soi et il serait absurde de la nier, comme le faisait Descartes.

L’originalité de l’expérience humaine est toujours celle d’un être-au-monde. Nous ne sommes pas une chose absolument pensante, nous sommes des êtres incarnés dans un corps. En fait, la pensée elle-même ne se développe que par le contact avec le monde extérieur. Par conséquent, dire que nous ne sommes qu’une chose pensante revient à détruire notre expérience d’un être essentiellement lié au monde, au non-soi.

Notre pensée présuppose notre existence, mais elle présuppose aussi l’existence du monde et de l’autre.

Enfin, cela nous montre qu’en philosophie, il n’y a pas d’unanimité. Il y a toujours place pour le dialogue.

NEWSLETTER

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

un × 2 =